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Le Centre national des naufrages du Saint-Laurent

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Centre National des Naufrages


Tout sur les naufrages

  Récits de courages (le progrès du golfe)

Le progrès du golfe (Récit Mrs. Gosselin L'Empress)

Le Progrès du Golfe, Rimouski, 29 mai 1914
Nous avons eu l'occasion de rencontrer l'un des rescapés, M. Louis A. Gosselin, avocat de Montréal, chef de la société légale Gosselin, Leblanc, Calder et Leblanc.

M. Gosselin a bien voulu nous faire le récit de la catastrophe et nous donnons ci-après sa version de l'accident.

"Je partais en voyage d’affaires pour Londres et Paris, en compagnie de mon ami de coeur, M. Lionel Kent, aussi de Montréal. Nous avions réservé nos cabines sur le pont supérieur: elles se trouvaient voisines, ayant porte de sortie sur le pont.

Je m’étais attardé à lire dans mon lit, jusque vers deux heures du matin. Sentant le sommeil me gagner, et au moment de m’endormir, je ressentis une violente secousse qui sembla ébranler le navire. Je me précipitai de ma cabine sur le pont et j’aperçus un navire dont la proue était enclavée dans notre "Empress". Je revins à la hâte vers ma cabine et m’empressai d’éveiller mon compagnon pour l’avertir du danger qui nous menaçait. Ne croyant pas le danger aussi grave qu’il l’était réellement, je m’habillai un peu légèrement et retournai sur le pont. Et c’est alors qu’une minute après la collision, j’ai vu les deux vaisseaux se détacher l’un de l’autre. Le "Storstad" était entré un peu obliquement dans "l'Empress" par l’avant, vers le tiers de la longueur de notre navire obliqua un peu sous le choc cependant que, l’autre vaisseau agrandissant la blessure, tournait sur la proue perpendiculairement à "l’Empress"; de sorte qu’au moment où les deux navires se séparèrent, la poupe du "Storstad" venait presque toucher la poupe de "l’Empress".

Aussitôt après, notre vaisseau prit bande du côté de la brèche opérée par la collision, puis penchant peu à peu, s’enfonça jusqu’à l’engloutissement complet. Le tout se fit en dix minutes.

Cinq minutes après l’immersion, je vis s’élever de la surface du fleuve une immense bulle d’eau, montant sans autre bruit qu’une sourde détonation, à une cinquantaine de pieds dans les airs, c’était apparemment les chaudières qui sautaient. L’explosion dût être meurtrière pour un très grand nombre de marins et de passagers.

Pendant que le navire penchait vers l’abîme, je rencontrai mon ami et remarquai qu’il se ceignait d’une ceinture de sauvetage. Je retournai à ma cabine pour en faire autant. À mon retour sur le pont, M. Kent était disparu et je vis là une quinzaine de personnes occupées à mettre une chaloupe à la mer. Mais comme l’obscurité était très profonde et comme l’on ignorait la mécanique de la manoeuvre, on ne réussit pas.
Soudain un radeau, que nous n’avions pas remarqué, glissa à nos côtés et par l’effet de la bande du navire, jusqu’à la mer. Inutile de dire que nous nous prévalûmes bientôt de cette véritable planche de salut et en une minute nous nous trouvions au nombre de quatre ou cinq sur ce radeau providentiel.

Déjà tous les ponts étaient submergés. Nous nous éloignions, à la dérive de "l'Empress", par une mer calme: à un moment donné, nous trouvâmes des rames flottantes, et nous nous mîmes aussitôt en frais de recueillir les naufragés; si bien qu’à la fin, notre radeau était chargé de trente à trente-cinq personnes. Nous étions tous debout et tellement serrés les uns contre les autres que nous nous trouvions dans l’impossibilité de ramer.

LES SURVIVANTS À LÉVIS
"Croquis de l'artiste du Soleil"

Mais nous nous efforcions cependant de nous diriger vers le charbonnier "Storstad", le seul point où il nous était possible de trouver du secours. dans le même temps, je remarquais que mon ami, M. Kent, se trouvait lui aussi sur notre radeau.

À bord du "Storstad" on ne paraissait pas vouloir bouger. L’équipage, à un arpent du lieu du sinistre, semblait parfaitement indifférent, et ne cherchait aucunement à porter secours aux naufragés. Nous pûmes enfin approcher du navire et monter à son bord. Sur le pont du "Storstad", devant l’insouciance odieuse de tout l’équipage, je dus insister auprès du capitaine pour qu’on se préoccupât enfin d’aider au sauvetage. On se décida … Cependant le "Storstad" ne mît aucune chaloupe à la mer. Et même, les chaloupes sauvées de "l'Empress", s’étant approchées, chargées de naufragés, il fallut insister pour que l’équipage tirât sur les câbles tendus du pont vers les embarcations, et aidât ainsi les pauvres naufragés à demi-morts de froid et d’épuisement, à monter à bord. Personne n’aurait songé à cela et la majorité des rescapés était pourtant dans l’impuissance absolue de se hisser sur le pont."

Cette dernière partie du récit de M. Gosselin a été corroborée par un M. Delomont et son fils, qui sont venus à nos bureaux, ont fait une version à peu près identique de la catastrophe et semblant, eux aussi, très irrités de la conduite de l’équipage du "Storstad".

M. Gosselin est parti pour Québec, cet après-midi, dans le train de la malle anglaise, qui fut affecté au transport des passagers réchappés du naufrage, et qui fit, cet après-midi, plusieurs trajets du quai à la gare.
 

  


 

 

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